L’islam de lumière et l’islam de l’obscurité

Publié le par Les Heritiers d'Ibn Rochd

Envoyé par Djamal Benmerad
 
 
Plus que l’attentat d’Alger, je me rappelle une fois qu’une photographie, qui est parue il y a quelques années dans "Le Figaro magazine" montrant des musulmans fanatiques en train de lyncher un chrétien à Djakarta, était insoutenable et humiliante.
L’islam n’est pas responsable d’une telle barbarie et a toujours combattu, depuis son avènement, les extrémistes de tout bord et particulièrement un certain Ibn Taymia devenu, aujourd’hui, un modèle pour les intégristes islamistes dans le monde entier. Ibn Taymia est un cas d’espèce et presque unique dans son genre, auquel on peut opposer des dizaines d’exégètes et de théologiens ouverts, tolérants, tels Omar Ibn El Khatab, le deuxième khalife, après la disparition de Mahomet, Abou Dhir El Ghaffari, Avicennes, Averroès et tant d’autres humanistes et rationalistes de l’islam.
De tout temps, et comme pour toutes les religions, il y a toujours eu deux islams. Celui de la lumière - ouvert, tolérant et majoritaire - et celui de l’obscurité - fermé, sectaire et très minoritaire. On appelle, en arabe, ceux qui y adhèrent, les obscurantistes. Mais les origines de l’islamisme remontent au début du XXe siècle et peuvent être localisées en Égypte avec le mouvement doctrinaire des Frères musulmans en réaction à l’effondrement définitif de l’Empire ottoman qui s’est constitué presque immédiatement après la chute de Grenade au XVe siècle et qui marqua, selon Ibn Khaldun, le début de la décadence musulmane qui ne veut pas se terminer. 
L’islam de l’obscurité a commencé à se mettre en place au cours de cette période, mais son développement a toujours été entravé par les forces de l’Islam modéré et tolérant, jusqu’au début du XXe siècle qui a vu son émergence se réaliser avec l’aide, souvent, de la puissance coloniale de l’époque : la Grande-Bretagne. Dans les années 1940, va naître le mouvement panarabe, par réaction à cet islam de l’obscurité qui a toujours fonctionné dans l’ombre, à l’image de toutes les sectes. Le nationalisme arabe naîtra, justement, en Syrie et en Irak, là où les minorités juives, chrétiennes et assyriennes vivaient en harmonie avec la majorité musulmane. Ainsi, le parti Baâs verra le jour à Damas et à Bagdad sous la direction de trois hommes : Michel Aflak, chrétien, Salah Al Bitar, musulman, et Akram Howarmi, assyrien, et ce en 1940. Parti de la renaissance arabe, d’idéologie socialiste, mais fasciné, il est vrai, par le fascisme italien, le Baâs est avant tout le parti de la laïcité. Cette doctrine progressiste et laïque végétera longtemps.
C’est-à-dire jusqu’en 1952, avec l’avènement de Nasser en Égypte, qui adoptera approximativement la philosophie de Michel Aflak et de ses compagnons. Nasser sera l’ennemi implacable des Frères musulmans et leur mènera une guerre sans merci. Mais il sera combattu par les puissances européennes avec à leur tête la Grande-Bretagne et la France qui oseront la lamentable expédition de Suez en 1956, en pleine guerre d’Algérie. Après la défaite arabe dans la guerre de 1967, le nationalisme arabe s’effondrera avec la disparition de Nasser. Le vide sera très vite comblé par les Frères musulmans qui reprendront du poil de la bête, sous la houlette de l’Arabie saoudite, wahhabite, devenue la puissance économique et politique de la région et l’alliée indéfectible des États-Unis qui supplanteront, à ce moment-là, et l’Angleterre et la France. 
Ainsi l’islam de l’obscurité, c’est-à-dire l’islamisme intégriste, va reconstituer ses forces et va commencer à tisser sa toile d’araignée dans tout le monde musulman, puis dans le monde entier. Aujourd’hui, le panarabisme laïque et globalement progressiste est affaibli au profit de l’islamisme dogmatique et fanatique qui aura son apogée au moment de la guerre d’Afghanistan. L’intégrisme sanguinaire se développera donc grâce au rôle fondamental qu’ont joué les États-Unis et la CIA, d’une part, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, d’autre part, lorsque le FIS est passé à l’action violente au début des années 1990 en Algérie, le Parti socialiste, sous la houlette de Mitterrand, soutiendra la barbarie islamiste pour se venger de la défaite cuisante subie pendant la guerre d’Algérie. 
Cyniquement ! Ainsi, l’Égypte malmenée, la Syrie et l’Irak berceaux de la laïcité dans le monde arabe, écrasés ; le mouvement intégriste islamiste pouvait se déployer d’une façon conséquente. La Syrie verra la laïcité s’estomper après la perte du Golan en 1967. 
L’ Irak sera cassé en deux temps. D’abord en étant chargé par les États-Unis de faire la guerre à l’Iran, pendant huit longues années, qui fera plus d’un million de victimes des deux côtés. Ensuite en voulant occuper le Koweit en 1991. On connaît la suite, puisque le « cassage » de l’Irak se prolonge encore aujourd’hui. Paradoxalement, les puissances occidentales, les États-Unis en tête, vont se liguer contre cet embryon de laïcité, après l’avoir utilisé comme boutoir contre l’Iran islamiste, pour le détruire, le ramener en arrière et faire directement ou indirectement le jeu du fondamentalisme le plus rétrograde et le plus barbare, au moment même où le prix du pétrole dégringole et passe, en l’espace de vingt ans, de 43 dollars à 9 dollars le baril... C’étaient les années 1990 ! 
La guerre atroce et inégale menée en ce moment même par les États-Unis et la Grande-Bretagne contre l’Irak fait provisoirement le jeu de l’Arabie saoudite et de l’intégrisme wahhabite dont elle est le principal commanditaire et le généreux financier. C’est-à-dire, paradoxalement, que l’Occident aide ceux dont la doctrine considère que l’Occident impie est la « maison de la guerre » et que le monde musulman est la « maison de la paix » ; comme elle qui considère que le monde judéo-chrétien et le monde bouddhiste sont à islamiser par la force... Le fait qu’il y ait, en ce début de siècle, moins de musulmans que de chrétiens, de bouddhistes et de juifs dans le monde renforce les intégristes et les conforte dans leur vision fanatique, xénophobe et sanguinaire. En fait, cette photographie publiée par Le Figaro magazine d’une scène de lynchage à Djakarta, on l’a déjà vue ailleurs. En Inde, par exemple, où, il y a quatre ans, des bouddhistes fanatisés avaient massivement lynché des musulmans et brûlé leurs mosquées. Ce qui prouve que partout où le fanatisme religieux fonctionne, la majorité religieuse impose son point de vue, y compris par la violence. Israël en donne un autre exemple avec l’intégrisme judaïque qui mitraille les fidèles musulmans à la sortie des mosquées et exerce sa terreur contre les Palestiniens chrétiens. L’État israélien n’est pas innocent, non plus, qui tue tous les jours des enfants qui n’ont que des pierres à jeter. Ainsi, le judaïsme, hier terriblement opprimé, devient à son tour oppresseur et donne à l’intégrisme musulman du Hamas palestinien l’occasion de mettre des bombes dans les bus bourrés de citoyens israéliens innocents. Parce qu’en fait le constat, aujourd’hui, est amer. Parce que toute religion couve sa haine de l’autre religion et le racisme religieux est certainement la chose la plus partagée par l’humanité bloquée, quelque part, dans sa préhistoire et dans sa mentalité profondément archaïque. 
Hier, les chrétiens des Croisades allaient « casser » du musulman. Aujourd’hui, les musulmans fanatisés lynchent les chrétiens en Asie et découpent les bébés - musulmans - au chalumeau en Algérie. Les juifs israéliens construisent des routes à travers les vergers minuscules des Palestiniens misérables et érigent le mur de la honte, en toute quiétude. Les bouddhistes et les hindouistes ne désarment pas dans le mépris de leurs concitoyens musulmans. Enfin, les islamistes intégristes du monde entier vont profiter des frappes américaines effroyables et « chirurgicales » contre l’Irak pour catalyser la haine contre l’ennemi chrétien et impie de l’Occident pervers et arrogant, à leurs yeux. Et ainsi de suite... Ainsi va le monde. Ainsi va la vie. Ou la mort ? Peut-être... Car le propre de l’homme, ce n’est pas seulement le rire, mais aussi la cruauté et la barbarie.
 
 
 
 
 

Commenter cet article