Tunisie : livre de Jelila Béhi- l'"islam au féminin"

Publié le par Les Heritiers d'Ibn Rochd

Elle est l’auteur de “ L’Islam au féminin ”, Jelila Béhi : «L’Islam est une voie à suivre, non une contrainte»
 
Mme Jelila Béhi a fait ses études, jusqu’au Bac, à l’école de la “ Mission ”, chez les sœurs, puis a poursuivi des études de sociologie à l’Université de Tunis. Elle est l’auteur, en 1993, d’un roman intitulé “ Chapelet d’ombres ”, et, en 2003, a publié cet essai intitulé : “ Sans contrainte, l’Islam au féminin ” sur lequel porte ce bref entretien.
 
 
 
Pourquoi un tel thème aujourd’hui ?
 
Depuis presque une dizaine d’années, on parle sans cesse d’Islam, et c’est pour cette raison que cela m’a interpellée. Je trouve que l’on donne de l’Islam des images très négatives. On, c’est-à-dire : l’Occident d’un côté, l’intégrisme de l’autre. Quand je dis “ Sans contrainte ”, je pense surtout à l’intégrisme.
 
Mais “ L’islam au féminin, ” ça veut dire quoi ?
 
C’est juste une réflexion. Et au fait, pourquoi est-ce que, dès qu’on parle de l’Islam, on parle de la femme ? Une religion, ce n’est pas uniquement pour la femme, c’est pour tous les êtres humains. Moi je trouve qu’au fond ce n’est pas juste. Si je réagis maintenant, c’est parce que je n’ai jamais, de par mon expérience et ma vie, eu ce sentiment-là, je n’ai jamais vécu cela. Moi, je pense que l’Islam est une religion d’ouverture, de tolérance, et, de ce point de vue, la femme n’est pas un sous-être. C’est un être à part entière. Chez nous, je veux dire dans ma génération à moi, la femme était l’égale de l’homme, sinon plus. La femme prenait des décisions un peu plus que l’homme. Par conséquent, la femme n’était pas opprimée ; le religieux, c’était une sphère à part. Mais la morale religieuse c’était l’éducation, et l’éducation c’était le respect des autres, le respect entre hommes et femmes, et le respect entre jeunes et adultes. La femme était voilée par tradition (le sefsari), mais ce n’était pas lié à la religion. Bref, ce que je veux dire c’est que, dans ma génération, la femme vivait en harmonie, et je constate que cette harmonie n’a pas duré, sans que je sache si cela s’est fait ‘‘normalement’’ ou si l’on a voulu que ce soit ainsi de par le mouvement de modernité qui s’est fait brusquement.
 
En somme, quel est l’esprit de cet ouvrage ?
 
Je dois dire d’abord que mon ouvrage s’adresse à l’Occident. Depuis quelques années, je constate que la religion musulmane est méconnue, par les Musulmans eux-mêmes, et encore plus par les autres. Donc, c’est un peu pour faire la lumière sur certaines choses, et un peu à cause de ce courant malheureux qu’est l’intégrisme qui renforce encore la méconnaissance de l’Islam par l’Occident.
 
Arrivons à la question du voile. A la lecture de votre ouvrage, on ne saisit pas si l’Islam a, oui ou non, imposé le voile à la femme…
 
Je ne suis pas exégète, je ne peux pas vous dire si le texte l’impose ou non. Je me suis tout simplement limitée à lire le verset y afférent avec une vue historique. J’ai vécu une bien longue période durant laquelle on portait autour de moi le voile, mais jamais je n’ai entendu dire que c’était un modèle religieux, c’était une tradition. Moi je pense que, mettre le voile en tant que question religieuse et musulmane, c’est fausser un peu la religion. La religion n’est pas une manière de s’habiller. La religion est un comportement (respect de soi et des autres) et non une manière de porter ceci ou cela. Quand je vous dis que je ne peux pas me prononcer sur la question, c’est justement parce que j’entends que ce soit ‘‘sans contrainte’’.
 
Et la question de l’héritage ?
 
Franchement, il n’y a rien à dire, les lois sont strictes. Si j’en ai parlé, c’est parce que, tout simplement, j’ai réuni tous les versets et les hadiths concernant la femme. Il faut se rappeler qu’autrefois la femme elle-même était héritée : une fois devenue veuve, la femme devait épouser son beau-frère ; autant dire qu’elle-même était un objet dont on héritait. Et tout d’un coup, la femme se découvre héritière d’un bien !… C’est un bond extraordinaire dans ce 7ème siècle.
 
De nos jours des voix de femmes s’élèvent pour revendiquer le ‘‘moitié-moitié’’ en matière d’héritage…
 
Il me semble que le texte divin nous donne une voie à suivre, autrement dit : nous ne pouvons faire moins que cela., mais si c’est plus, c’est tant mieux. Moi je dis : il faut donner ses droits à la femme, à la fille, à la mère, à l’épouse etc, mais pas moins qu’il n’est dit dans le texte religieux ou juridique. Donner plus, ce serait très bien car il n’y a pas de restrictions. J’estime que le Créateur nous a donné le libre choix, ce qui veut dire que nous devrions composer avec notre temps, l’essentiel étant de ne pas prendre à l’un pour le donner à l’autre.
 
Il faut être équitable.
 
 
 
Mohamed Bouamoud                         
 
femmes@realites.com.tn                        29-04-2004
 

Publié dans Tunisie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article