Irak : l'homophobie s'épanouit dans l'Irak en guerre

Publié le par Les Heritiers d'Ibn Rochd

5 octobre 2007

L’homophobie s’épanouit dans l’Irak en guerre 

Dans les années 1960, à Bagdad, le chanteur Yusuf Omar chantait son amour pour un jeune homme, chrétien de surcroît. "Aimez-moi, dorlotez-moi, je vais proclamer mon amour..." Les élégances vocales de cet artiste, extraites du disque Les Maqams de Bagdad (Ocora, Radio France), ouvrent le documentaire radiophonique L’Exil anglais des gays irakiens, d’Hélène Hazera, sur France Culture. Tout de suite après vient un son sale, confus : sur un répondeur téléphonique, un message en arabe.

Loin des mots doux de la chanson, une voix menace : "Si tu n’arrêtes pas de défendre les gays, si tu n’interromps pas ta campagne contre le gouvernement mis en place par les Américains, nous t’attraperons et nous te découperons en morceaux. Tu brûleras en enfer avec les anormaux comme toi." C’est l’un des messages reçus couramment par Ali Hilli, Irakien réfugié en Grande-Bretagne, qui a fondé une association de solidarité avec les gays de son pays. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein et dans l’état de guerre permanent, l’ensemble des minorités - religieuses, ethniques, sexuelles - sont menacées par la montée du fanatisme religieux. 
 


PASSAGES À TABAC
 

Ali Hilli est formel : "Sous Saddam Hussein, il y avait une vie gay à Bagdad. Nous avions nos night-clubs, beaucoup d’artistes connus chantaient leur amour des garçons, nous bénéficiions d’une grande tolérance." Les antagonismes entre chiites et sunnites n’existait pas : "La plupart de mes amants étaient chiites", affirme ce sunnite.

Paradoxalement, l’arrivée des Américains en terre arabe s’est accompagnée d’une montée de l’homophobie. Au téléphone depuis Bagdad ou en Angleterre, des gays musulmans, chrétiens ou kurdes, relatent passages à tabac, enlèvements et assassinats. "Des types des milices chiites se mettent sur les "chats" homosexuels, donnent rendez-vous à des gays et les tuent", confie un militant.

A Londres, Ali Hilli, aidé par l’association homosexuelle Outrage, a créé un blog pour échanger les informations aussi bien entre Irakiens de l’intérieur qu’entre ceux de l’exil (iraqilgbtuk.blogspot.com). Leur recension des agressions contre les homosexuels a contraint le département d’Etat américain à établir un rapport. A la suite, Condoleezza Rice a publié un communiqué condamnant ces atrocités. "C’est un premier pas, mais il ne suffit pas à assurer la sécurité des gays", commente Ali Hilli. Son association milite pour que les homosexuels menacés soient accueillis en tant que réfugiés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, les deux pays qui occupent l’Irak. Sans grand résultat jusqu’à présent. "L’Exil anglais des gays irakiens", vendredi 5 octobre, à 16 heures, sur France Culture. 

Catherine Bédarida Article paru dans Le Monde du 05.10.07. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-963002@51-963082,0.html

 

Publié dans Proche et Moyen-Orient

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