Maghreb : la longue marche des femmes vers l'égalité

Publié le par Les Heritiers d'Ibn Rochd

 
L’égalité demeure sans doute l’aspiration la mieux partagée par les femmes au Maghreb et dans le monde. Aussi le séminaire de “La marche des femmes maghrébines vers l’égalité”, organisé par l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) les 24 et 25 novembre derniers à l’hôtel ”Ariha” fut-il une rencontre qui obéit à cette aspiration au féminin.
 
De toute évidence une pareille rencontre a pris une dimension maghrébine par la participation de diverses associations et personnalités féminines et maghrébines à côté de l’ATFD, d’Algérie, du Maroc et de la Mauritanie.
 
 
 
Intercontextualité
 
Cette rencontre a également ouvert un débat pluriel émanant de contextes différents et faisant preuve de toute la richesse de l’intercontextualité dans l’approche des préoccupations féminines à l’échelle maghrébine. Une intercontextualité qui, sans occulter les disparités à l’échelle maghrébine au niveau de la condition de la femme, a mis en exergue les zones d’interférance, de ressemblance, voire même l’identification des problèmes des soucis et des oppressions endurées par les femmes maghrébines.
 
 
 
Exhaustivité
 
Outre cette démarche comparative des expériences du vécu féminin, les organisatrices ont tenté de combiner les réflexions théoriques avec les enquêtes et les études de terrain en vue de gagner en rigueur et en exhaustivité à leur séminaire.
 
Le souci d’exhaustivité fut également manifesté par la perception de la question féminine du Maghreb à travers le contexte international et ses mutations hallucinantes. Ce fut là le volet développé par Mme Saïda Ben Gharrade (Tunisie) qui a traité des répercussions de la mondialisation et du “néolibéralisme sauvage” sur les femmes.
 
Dans le même ordre d’idée, Mme Lucile Dumas (Maroc) s’est penchée sur la question de “femmes et mondialisation” sur un ton, à juste titre, alarmiste. Soulignant l’arrivée en masse des femmes sur le marché du travail, Mme Lucile Dumas a observé que le travail de la femme est souvent précaire, les horaires sont lourds et les droits, dont en particulier le droit syndical, sont bafoués.
 
Elle a mentionné également une “féminisation de la pauvreté” en soutenant que “70% des pauvres sur la planète sont des femmes”. Ayant créé de plus en plus de zones franches, la mondialisation y a accentué l’exploitation de la main-d’œuvre féminine qui constitue 70 à 80% des travailleurs dans ces zones.
 
Par ailleurs, la globalisation s’exprime actuellement par d’autres menaces aux acquis et au devenir du mouvement féministe pour l’égalité. Il s’agit surtout là de la menace extrémiste intégriste qui a pris une allure “internationale” comme l’a observé Mme Saïda Ben Gharrade. Evoquant la Conférence mondiale de Pékin en 2003, celle-ci a indiqué que cette conférence a vu une présence manifeste de l’Internationale islamiste”. Pour sa part, Malika Ramaoun (Algérie) a déploré le fait que l’intégrisme rampant soit en train d’investir des espaces tels que le “Forum Social Mondial”.
 
 
 
Du général du particulier
 
Ce constat alarmant à l’échelle mondiale est manifeste à l’échelle maghrébine, notamment dans les zones les plus défavorisées. C’est ainsi que Aminatou Bent Moktar (Mauritanie) a indiqué que 38% à 42% des femmes mauritaniennes sont divorcées et sont par ce fait des «chefs de famille». Elle a eu outre fait état des diverses pratiques de discrimination et de privation de la femme de ses droits naturels tels que celui du divorce.
 
Evoquant “le rôle des associations féministes dans la vie politique en Algérie”, Ourida Chouaki a souligné que “la femme n’est pas vraiment prise en compte par les partis politiques”. Elle a en outre mis en garde contre le système des quotas pour la participation de la femme à l’Assemblée nationale, soutenant qu’il ne s’agit là que d’une “manœuvre dangereuse”.
 
Creusant davantage dans le particulier en vue de saisir les spécificités et les nuances locales, Dora Mahfoudh (Tunisie) a traité, sondage à l’appui, du “degré d’adhésion des Tunisiennes et des Tunisiens à l’égalité”. Opéré sur la base d’un échantillon de 1.500 Tunisiennes, ledit sondage s’avère fort instructif sur l’exception tunisienne en matière d’émancipation de la femme et de l’évolution des mentalités dans notre pays sur ce sujet.
 
Ce sondage a axé sur la perception des rôles sociaux des hommes et des femmes, l’attitude à l’égard du travail et la participation à la vie publique.
 
Bien que sur certains aspects (le travail de la femme, les tâches ménagères et la violence pratiquée contre les femmes) les positions demeurent un peu conservatrices, sur d’autres aspects on remarque une évolution sensiblement positive. L’avancée est observée surtout sur la question de l’héritage et le droit au divorce. Ils sont en effet 97% des Tunisiens à soutenir le droit de la femme au divorce au même titre que l’homme.
 
A la lumière de ces données, les participantes se sont penchées sur la préoccupation commune, qui est celle d’élaborer une stratégie commune à l’échelle maghrébine pour déblayer le chemin de la marche vers l’égalité.
 
 
 
Abdelmajid Haouachi
 
 
  
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