Ces fillettes soumises au hidjab

Publié le par Les Heritiers d'Ibn Rochd

Liberté du 27 octobre 2007
 
Le phénomène divise les religieux
Ces petites filles soumises au hidjab

Par : Nadia Mellal
Âgées à peine de six ans qu’elles sont déjà voilées de la tête aux pieds. C’est un phénomène perceptible à travers l’ensemble du territoire national. La plupart des wilayas sont touchées par ces signes ostentatoires dont on affuble les petites filles. Notamment à l’est du pays. Ce phénomène est particulièrement frappant pour les personnes de passage dans ces wilayas, tant les habitants de ces régions ont pris l’habitude de voir des mineures couvertes des pieds à la tête par cet  accoutrement qui n’est pas de chez nous.
Aux abords des écoles primaires de Batna par exmple, on ne distingue souvent aucune petite fille sans voile. Elles le portent toutes. Quelle que soit la couleur du foulard, elle ont toutes les cheveux cachés. Et quelle que soit la couleur de l’habit, on ne distingue, en effet, rien de leur corps. Dans l’Algérois, le phénomène s’accentue essentiellement dans l’est et l’ouest.
 
Des mamans devant le fait accompli
Dans les écoles primaires de la commune de Dergana, ce phénomène qui prend de l’ampleur et se développe de façon insidieuse, n’a choqué que les parents auxquels il s’est imposé : “J’étais choquée, désemparée et je n’arrivais pas à intégrer ce que je voyais devant moi”, explique la maman d’une fillette de six ans scolarisée dans une école primaire à Dergana.
C’est à l’occasion de la dernière rentrée des classes que la petite fille est revenue avec un foulard sur la tête. “Choquée de voir ma petite fille, qui ne comprend rien au monde des adultes, se couvrir totalement comme une grande personne, j’ai sombré dans un premier temps dans le silence”, explique cette maman, tout en notant qu’elle a de tout temps refusé elle-même de porter le voile.
En reprenant ses esprits, elle a interrogé sa fille : “Mais pourquoi tu portes le voile ?” Et la fille de répondre : “Mais c’est un devoir ! C’est Dieu qui nous l’a demandé !” La maman, qui a tenté de dissuader sa petite fille de rentrer prématurément dans le monde des adultes à travers l’habit, s’est vue qualifiée d’impie. “Elle m’a dit que je suis une kafra (une impie) et que Dieu me réservera des souffrances en enfer”, explique         la maman. “Je ne sais pas ce qu’on leur apprend à l’école mais moi j’ai eu peur, qu’en forçant sur ma petite fille et en l’obligeant à enlever le voile, de la voir dériver véritablement en devenant terroriste !” indique-t-elle, toute désemparée.
C’est un même cas de figure qui s’est imposé à une autre mère de famille habitant dans la commune de Réghaïa. “À la troisième semaine de la rentrée des classes, ma petite fille de six ans est revenue avec un foulard sur la tête”, raconte-t-elle.
En l’interrogeant sur les raisons du port du voile, la petite fille a répondu : “Mais c’est Dieu dans le Coran qui nous demande de nous couvrir et de ne rien montrer de notre corps !” “Mais pas en tant que petite fille ! Tu pourras le mettre quant tu seras adulte !” lui explique sa mère. “Allah yahdik (que Dieu te remette sur le droit chemin), enti kafra (tu es une impie), c’est la religion qui nous demande de nous voiler”,  répond la petite fille. “Les gens sont contents pour moi dehors, ils me disent mabrouk allik, macha Allah, le hidjab te va très bien”, explique-t-elle encore à sa maman.
La maman, effarée, a essayé toutes les parades et les astuces pour convaincre sa petite fille de six ans de revenir sur sa décision. “Je l’ai envoyée en colonie de vacances pour la mettre en contact avec des enfants de son âge et lui permettre de vivre son enfance. Mais imaginez ce qu’elle m’a demandé ? Elle m’a dit de lui acheter des t-shirts très longs pour se couvrir.” “Je lui ai dit mais pourquoi tu veux te couvrir alors que personne ne va te reconnaître sur la plage ? Elle m’a dit Dieu va me voir”, rapporte la maman.
Cette petite fille ne s’est pas arrêtée au niveau du port du voile : “Le comble a été quand ma fille a commencé à faire le Ramadhan tous les lundis et jeudis”, raconte sa maman. “En lui demandant pourquoi, elle m’a dit que c’est une hassana” (une bienfaisance). En lui expliquant que c’est uniquement destiné aux adultes de faire le Ramadhan, elle n’a rien voulu comprendre, affirme la maman qui relève que “le pire est qu’elle a failli mourir pendant l’été”. “En désespoir de cause, et quand j’ai vu ma petite fille tenir à ce vêtement, je n’ai plus essayé de la convaincre de l’enlever”, dit-elle.
 
L’influence de l’environnement
Le port du voile chez la petite fille est une résultante de l’emprise de l’environnement social direct. C’est ce qui est démontré à travers les propos d’une mère de famille qui a vu sa petite fille de 10 ans se couvrir entièrement, un beau matin avant d’aller à l’école. “Je me rappelle de ce jour où ma fille, qui ne comprend rien à la vie et aux choses, a mis le foulard et un haut très large sous le tablier pour partir à l’école”, raconte une maman habitant Réghaïa. “Quant j’ai voulu lui parler, elle est devenue toute rouge et elle est partie en courant à l’école”, note cette mère de famille qui dit que l’attitude de sa fille ne vient pas de son milieu familial, mais plutôt de l’environnement externe. “On n’a jamais abordé cette question auparavant, et le voile est porté uniquement par les adultes dans la famille, les petites filles sont totalement exclues de ce genre de discussions tant qu’elles sont innocentes à cet âge !” dit-elle. Elle expliquera cependant : “À Reghaïa, il est difficile de rester sans hidjab. Les femmes ne peuvent pas s’en passer, elles le mettent volontairement ou par obligation. Les gens de cette région sont des conservateurs et pratiquement toutes les femmes sont voilées”, dit-elle. Elle ajoutera que “beaucoup de nos voisins ont fait porter le voile à leurs filles, c’est là où elle a dû l’apprendre”.
C’est le même cas de figure qui s’est présenté dans la commune de Bordj El-Kiffan. Dans un école primaire de cette localité, c’est une petite fille de 8 ans, revenue voilée à la maison, qui a demandé à sa mère de porter le foulard. “Non seulement j’étais choquée et je suis restée sans voix quand j’ai vu mon bébé complètement couverte, mais pire, j’ai perdu tous mes moyens lorsqu’elle m’a dit, pourquoi maman tu ne mets pas le hidjab ?” Secrétaire de direction dans une entreprise mixte, cette maman met le comportement de sa fille sur le dos du voisinage : “Quand je lui ai dit tu devrais te sentir très seule et très différente des autres filles, elle m’a dit que ses deux meilleures amies portent elles aussi le voile !” “C’est Selma, ma copine de classe qui porte le hidjab qui m’a donné le foulard la première fois pour essayer comment il m’allait”, raconte la petite fille à sa mère. “C’est elle aussi qui m’a dit que c’est une bonne chose que d’obéir à Dieu en faisant ce qu’il nous a dit parce que sur Terre nous ne sommes pas éternelles, nous ne sommes que de passage. Il ne faut donc pas céder aux tentations de la vie”, dit encore la fillette à sa maman. “Ni moi ni son père ni aucun membre de la famille ne lui avons déjà parlé de cela”, affirme notre interlocutrice. “Je ne veux pas perdre ma fille parce qu’elle tient à ce foulard. J’accepte qu’elle me dise que je suis folle”, dit-elle encore, tout en précisant : “Elle m’a dit tu es kafra et folle à la fois pour ne pas mettre le hidjab.” “Je lui ai répondu non, ma fille, je suis croyante et je respecte beaucoup la religion mais c’est vrai que je suis folle.”
 
Le voile de la petite fille comme bénédiction
Dans bien des cas, le port du voile chez la petite fille est vécu comme un geste de grandeur. C’est ainsi que dans une école primaire à Alger-centre, une petite fille de sept ans, qui porte le voile depuis un mois, le présente à sa mère comme un acte de bravoure et de bénédiction divine. “Elle m’a dit que tout le monde l’aimait ainsi et lui offrait des foulards en lui disant Allah ibarek et macha Allah. Elle se sent très importante aux yeux de l’entourage qui l’encourage à se couvrir”, explique une maman. “Elle dit qu’elle est heureuse ainsi et que c’est Dieu qui l’a bénie (rabi h’dani) et lui a montré le droit chemin.” Notant que sa fille est devenue “populaire” dans le quartier depuis qu’elle a décidé de porter le voile, la maman constate que son entourage l’encourage à le garder. “Tout le monde lui dit qu’elle est bénie et plus belle avec son foulard. On lui dit que son visage est plus lumineux.” Autre précision : “Quand les gens et notre entourage abordent ma petite fille, ils le font comme s’ils avaient affaire à une adulte et non pas à une enfant”, dit-elle. Avant d’ajouter : “J’ai en tout cas l’impression que ma petite fille est femme et entièrement femme à sept ans et que les gens lui interdisent à travers leur attitude d’être une fillette, de vivre son enfance et son innocence.” La maman, qui ne sait pas comment influer sur l’attitude de sa fille, note que le “pire est à venir !” “Ma petite fille m’a dit que lorsqu’elle sera en sixième, elle portera el djilbab.”
 
Des papas voilent leurs filles par peur de l’âge adulte
La décision du port du voile chez la petite fille est parfois prise en signe de prévention par la famille. C’est ce qu’exprime une enseignante dans une école primaire à Hussein Dey : “Le père de ma nièce qui a voilé sa fille de sept ans m’a dit qu’il devait la préparer dès son jeune âge au port du voile de peur de la voir emprunter le mauvais chemin et sortir nue dans la rue”, dit-elle. Choquée et surprise à la fois, l’enseignante en question ne s’est pas laissée convaincre facilement. “Mais la décision du port du voile pour la fille ne t’appartient pas, elle appartient à la fille quand elle sera adulte. Enfant, elle doit suivre une éducation normale pour lui permettre d’évoluer normalement dans la vie et de se prendre en charge”, explique l’enseignante au papa qui lui répond : “Je ne suis pas le seul à voiler ma fille, des hommes de religion le font car les mœurs sont en décomposition et qu’il est préférable pour la fille et la femme de ne rien laisser voir de son corps.”                                 
N. M.
 

 


Publié dans Algérie

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