L’Etat [Algérien] riposte aux kamikazes potentiels

Publié le par Les Heritiers d'Ibn Rochd

El WATAN du 6 novembre 2007

 
Les pouvoirs publics, à travers le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, semblent avoir pris la mesure de la menace que font peser les courants religieux venus de l’Orient et qui prêchent salafisme, wahhabisme et autre chiisme sur les jeunes Algériens.
 
Pour y remédier, le département de Ghlamallah organise la riposte en ciblant cette catégorie sociale si vulnérable aux discours nuisibles venus d’ailleurs. C’est, grosso modo, la quintessence de la rencontre annuelle d’évaluation organisée par le ministère des Affaires religieuses à l’intention des directeurs de wilaya de ce secteur tenue à Dar (maison) el imam, à Alger. L’importance et le sérieux de cette réunion résident dans le fait que c’est le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui a été l’inspirateur de ce que l’on appelle la « nouvelle stratégie d’action » des affaires religieuses. Il y a donc une prise de conscience en haut lieu quant à cette menace de la propagation du salafisme et du chiisme au sein de la jeunesse algérienne pouvant servir de carburant et matrice idéologique au fanatisme, voire au terrorisme. Le mal n’est pas aussi expressément désigné mais il est aisé de deviner la cible des pouvoirs publics à travers la rhétorique du ministère des Wakfs qui se décline sous forme d’une « stratégie nationale pour prémunir la mosquée et la jeunesse contre les courants de pensées destructeurs » ou encore « l’intrusion de concepts faux et de pratiques cultuelles indésirables ». Autant dire que l’Etat vient de donner le là à un travail de sensibilisation et de pédagogie visant à rendre nos mosquées et nos jeunes imperméables à la littérature subversive et autres interprétations erronées du texte sacré. Première grande décision : l’installation prochaine de la très attendue Dar el ifta (maison de la prédication) que le président de la République avait annoncée en 2003 avant d’être remisée au placard. Cette structure qui sera seule habilitée à émettre les fatwas devrait mettre hors d’état de nuire — religieusement parlant — les propagateurs des fatwas à l’emporte-pièce et débusquer les interprétations intéressées du texte coranique. Pour ce faire, le ministre des Affaires religieuses, Bouabdellah Ghlamallah, a annoncé la réactivation et la réorganisation des commissions des fatwas au niveau des wilayas desquelles émanera le conseil national de la fatwa. Au-delà de l’émission et l’uniformisation des fatwas, ce dernier s’attellera à encadrer « les imams compétents » et les « mourchidate » (guides religieux) pour servir de « cellules d’écoute aux préoccupations des jeunes ». Et en appoint à l’action de Dar el ifta et ses démembrements locaux, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs a dicté une conduite à tenir aux directions de wilaya en vue de contrer les mouvements extrémistes sous tous leurs qamis… Ce nouveau dispositif, en retard au demeurant, adopté à l’issue de cette réunion, constitue une sorte de feuille de route des autorités pour mettre les jeunes Algériens en phase avec leur religion. Bouabdellah Ghlamallah s’est chargé de traduire concrètement les « commandements » du président de la République lors de son audition le mois de Ramadhan dernier. Le plan d’action est axé prioritairement sur « l’efficacité du travail de la mosquée dans la préservation de la personnalité de la société algérienne dans sa dimension civilisationnelle, religieuse, linguistique et historique », comme le souligne le communiqué rendu public hier par le conseiller du ministre, Abdellah Tamine. Et ce corpus de mesures de protection de la mosquée s’insère dans la nouvelle politique de prise en charge de la jeunesse annoncée par le président Bouteflika qui s’était alarmé par l’ampleur des phénomènes des harraga et des kamikazes. Le ministre a donc appelé en premier à « la consolidation des référents culturels et religieux » de l’Algérie pour faire barrage à l’intrusion de faux concepts et aux pratiques religieuses indésirables. Sans les citer nommément, il est aisé de deviner l’allusion du ministre au prosélytisme salafiste et chiite sous toutes leurs manifestations téléguidées à partir de Téhéran et Riyad. La recette miracle ? Ghlamallah invite les responsables des mosquées d’Algérie à remplir une « fonction sociale et pédagogique ». En plus de l’enseignement religieux suivant le rite malékite, en vigueur en Algérie, il a instruit ses interlocuteurs à tout entreprendre pour que « les enfants apprennent à aimer leur patrie et les bonnes mœurs avant leur scolarisation ». C’est, aux yeux du ministre, un moyen sûr de « consolider l’unité nationale et renforcer la solidarité grâce aux fonds de la zakat devant servir à financer la création de petites entreprises pour les jeunes ». Aussi, l’imam constitue-t-il la pierre angulaire de ce dispositif de prévention, dont la compétence fait désormais le cheval de bataille pour lutter contre l’obscurantisme. Le président Bouteflika a, ce faisant, instruit son ministre de mettre l’imam « à l’abri de toute pression extérieure et de lui donner tous les moyens à même d’élever son niveau de compétence ». Le président de la République a également instruit Bouabdellah Ghlamallah de soumettre les universitaires à un concours d’accès au grade de « maître coranique » à l’effet de mieux encadrer les mosquées. Connu pour son faible pour les zaouïas, Bouteflika a demandé d’ouvrir les portes des instituts spécialisés aux « diplômés » de ces structures ainsi que les écoles coraniques.
 

Publié dans Algérie

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